La liste de mes titres et prix est prête pour ce weekend d’exposition. Au dos, on pourra lire ce texte, dans sa version longue, écrit avec délicatesse par Isabelle Bruno.

« Il convient que le trait soit interrompu sans que le soit le Souffle » écrivait au IX ème siècle le critique d’art Chang Yen-Yuan. Christophe Renoux le sait, et le sait à merveille. S’inspirant des plus grandes œuvres classiques, il les détourne, se les approprie et les emporte dans son univers féérique, si personnel et délicat. Il arrive que le pinceau délaisse volontairement la couleur laissant le papier apparaître dans sa nudité la plus pure et c’est alors devant l’inachevé que nous sommes transportés. Mais l’inachevé n’est point l’inaccompli… On sent que l’histoire continue, là où nos yeux ne s’attardent que sur des traits à peine esquissés et une couleur absente. Le décor souvent s’efface, laissant le souffle du tableau s’épanouir et rayonner au-delà de l’œuvre. On pense alors à Michel-Ange qui disait libérer le sujet enfermé dans le marbre.
Chez Christophe Renoux, le papier et les couleurs ont remplacé la pierre mais la sensation de « non-finito » est aussi troublante que chez le Maître. Papier de soie, papier journal, papier kraft, papier de riz effleurent, enlacent, étreignent des personnages d’une extrême élégance. Ils se font écrins, dissimulant ou sublimant des nudités. L’œuvre est foisonnante et le peintre nous exhorte à en découvrir tous les détails, à en capter toutes les nuances.  On se laisse émouvoir par une Alice aux dentelles , debout sur un sol jonché de fleurs, et on pense à Botticelli et à une Vénus de Printemps de contes de fée. Parfois la simplicité se fait plus dépouillée encore, aucun personnage n’apparaît. Un carré peint que l’on croit vide sépare la Madone de l’Ange annonciateur. Mais ce vide-là nous parle de plénitude.
Contraste envoûtant du foisonnement et de la simplicité. La pudeur et l’extrême délicatesse de certains personnages classiques comme Psyché ou la Madone Annoncée contrastent avec l’impudeur de ceux qui, nés de la seule imagination du peintre, n’hésitent pas à détourner les genres. Ce ne sont plus des jeunes femmes qui reposent, alanguies, entre des draps froissés… La sensualité et la volupté sont si divinement louées ! L’humour et la féérie, toujours  très présents dans les œuvres de Christophe Renoux, se font malicieux et jouent délicieusement avec l’ambiguïté. Un chat et un lapin vêtus en princes semblent nous rappeler notre ancienne parenté; un homme au bain en lieu et place du personnage féminin que la tradition y a toujours placé nous fait réfléchir sur l’identité; une Alice dévoilant sa jambe blanche nous défie de son regard éthéré.
Souvent inachevée mais parfaitement accomplie, l’œuvre nous invite à nous évader, à approcher de lieux intimes inexplorés, à aborder au cœur de nous-mêmes.
Goûtons ces moments rares, n’hésitons pas à faire le voyage au pays de la Beauté : venez, laissons-nous emporter !

Isabelle Bruno. Guide conférencière, Florence et Lucques.

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